UFC-QUE CHOISIR DE LA SARTHE

Alimentation, Enquêtes nationales, Santé

CBD ou Cannabidiol : l’UFC-que choisir a enquêté pour vous.

Plant de cannabidiol brut

Le Cannabidiol (CBD),  se décline sous différentes formes que l’on peut acheter en supermarché, bureau de tabac, boutique spécialisée et pharmacie. Alors quel discours des vendeurs et quel étiquetage pour ces produits largement répandus aujourd’hui ? Notre enquête révèle des produits chers et souvent mal dosés.

Le CBD, extrait du chanvre, est l’un des principaux constituants du cannabis mais n’est pas classé comme stupéfiant. Apparu depuis un an environ, ce nouveau produit est présenté en gélules, huiles, tisanes, bonbons et peut être intégré à du café. Autour d’un marché estimé à 700 millions d’euros par an, une filière s’est constituée qui veut valoriser le produit. Mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

Des produits non réglementés

La rapidité de développement du marché a précédé nettement l’existence d’une réglementation. Les produits à base de CBD ne sont pas homogènes ni sur les méthodes d’extraction, ni sur les recommandations d’usage qui dépendent des fabricants.

On y retrouve donc une certaine cacophonie : déconseillé aux femmes enceintes, aux malades en traitement … ou pas ! Pour l’étiquetage, le taux de CBD peut être indiqué ou non. Si les représentants de la profession tentent de créer un cadre réglementaire, le discours en boutique dépend de chaque vendeur.

Pour l’évaluer, l’UFC-Que Choisir a envoyé des clients mystères dans 1 020 points de vente en France.

Entre le 4 et le 18 juin 2022, les enquêteurs de l’UFC-Que Choisir se sont rendus anonymement en pharmacies et magasins spécialisés dans la vente de CBD, pour tester le discours des commerçants.

Sur les 1 020 lieux enquêtés, 289, soit 28 %, ne vendaient pas de produits à base de CBD : ils ont été retirés des données présentées dans la suite du rapport, qui se base sur les résultats de 731 points de vente, dont 539 pharmacies et 192 magasins spécialisés.

Nos enquêteurs sarthois ont contribué à cette enquête en se rendant dans 12 pharmacies et 3 magasins spécialisés

Le scénario de l’enquête

Le CBD étant principalement consommé à des fins de bien-être, nos enquêteurs ont demandé du CBD pour soulager des douleurs chroniques ou soigner des troubles du sommeil. Le produit conseillé, le prix, les questions posées par le vendeur et son discours ont été notés.


Les résultats de l’enquête

Les vendeurs ne sont pas objectifs.

Dans les boutiques spécialisées, les vendeurs sont enthousiastes sur les bénéfices du CBD : le discours est même jugé exagérément positif par nos enquêteurs à 45 % dans les boutiques contre 18 % dans les pharmacies. Plus grave, 4 % des vendeurs affirment à tort qu’une guérison est possible. Par rapport aux pharmaciens, ils favorisent également fréquemment des produits plus coûteux. Le prix moyen des articles conseillés en boutique est de 42 €, contre 30 € en officine. 

La grande majorité des vendeurs informent la clientèle sur la quantité maximale de CBD à ne pas dépasser par jour (70 mg/jour). Mais trop peu se renseignent sur l’état de santé de l’acheteur : seulement un quart des enquêteurs ont dû préciser s’ils prenaient des médicaments et 16 % s’ils souffraient d’une maladie chronique. Un constat plutôt inquiétant, car CBD est susceptible d’interagir avec plusieurs molécules, contenues notamment dans les antiépileptiques et des anticoagulants. Il est donc contre-indiqué d’en consommer en même temps qu’un traitement au long cours.

Quel dosage pour quel effet ?

Autre inconnue, la quantité de CBD nécessaire pour obtenir un effet. La question du poids de l’utilisateur n’est pas abordée et en boutique comme en pharmacie, les recommandations sont variables.

Enfin, le taux de CBD contenu dans les produits est trop souvent aléatoire. Seules les huiles respectent globalement les taux affichés de 10 à 40 % dans notre test. Pour les autres produits (tisanes, bonbons, chewing-gums, etc.): les concentrations sont parfois très faibles (moins de 1 %) et la teneur mesurée en laboratoire ne correspond pas toujours à celle annoncée, quand elle l’est.

Les fabricants affichent deux types de stratégie. Ceux qui souhaitent faire reconnaître le CBD comme utile pour la santé avec des produits standardisés, plutôt sous forme d’huiles. Ceux qui visent l’aspect récréatif ou auto-thérapeutique avec une gamme très variée (boissons, chewing-gums, tisanes…) à l’étiquetage aguicheur et au prix souvent élevé. Un coût peu compréhensible pour l’une des boissons testées qui ne contient même pas 0,1 % de CBD !

Des pharmaciens prudents

L’efficacité du CBD est vraiment incertaine. Les pharmaciens semblent en avoir conscience : un tiers des 824 officines visitées par nos enquêteurs ne vendent pas de produits qui en contiennent. La plupart des pharmaciens rappellent que le CBD ne suffira pas toujours, et le proposent plutôt sous forme d’huiles à la teneur mieux contrôlée.

ET EN SARTHE ?

Les boutiques et pharmacies enquêtées en Sarthe se situent dans la moyenne des résultats nationaux quant aux produits proposés et aux prix qui s’étagent de 11 € à 60 €.

La moitié des vendeurs ont posé une question sur une éventuelle prise de médicaments, ce qui est mieux que le national, mais la maladie chronique n’a été évoquée que dans 10 % des cas.

Trop peu de questions sont donc posées aux potentiels consommateurs de CBD en boutique comme en pharmacie. Les vendeurs des magasins spécialisés connaissent davantage la posologie mais recommandent des produits plus chers. Les pharmaciens ont encore, peu, voire aucun produit à base de CBD et manquent de connaissances. Leur discours peut pointer une inefficacité et des résultats non prouvés.


L’UFC-Que Choisir a testé les produits proposés.

Différentes formes de Cannabidiol

Les huiles : souvent conformes

Sur les 16 huiles testées, seules 3 ne respectent pas le taux de CBD annoncé sur l’étiquette. Par contre, on déplore l’absence d’indication pour les femmes enceintes et les personnes sous traitement. Seules les marques Divie et Greeneo recommandent de prendre l’avis du médecin.

Thé, tisane, infusion : des produits de luxe

Ces préparations sont vendues au prix des marques de thés de luxe !

Sur les 12 références testées, 6 ne déclarent aucun dosage précis en CBD. Et sur les six restantes, quatre ne respectent pas le taux affiché. Les concentrations de CBD sont ici très faibles, 3 % maximum.

Miel, chocolat, boissons : catastrophique !

Au rayon alimentaire, le coût des produits à base de CBD est exorbitant.

15 € pour une tablette de chocolat, 15 à 25 € pour un pot de miel… À ce prix, on pourrait s’attendre à une forte teneur en CBD, ce n’est pas le cas avec 1 % dans le meilleur des cas ! Au rayon des boissons, c’est pire avec 0.1 % et 3 produits qui n’en contiennent pas du tout : le thé glacé Cannabis Multitrance, la boisson pétillante CBD Naka et l’eau pétillante rose et poivre de Sichuan Chilled. Deux autres ne respectent pas la teneur indiquée. L’eau minérale alcaline « CBD’eau » est trompeuse : pas de CBD retrouvé dans nos analyses.

Bonbons, chewing-gums : qualité hétérogène

Un seul produit Bien-être Bioactif excède 1 %. Sur les huit références testées, six ne sont pas conformes au dosage affiché : les perles Pure Evielab, les capsules 50 mg de La Ferme du CBD, les chewing-gums à la menthe Kaya et ceux à la fraise MediCBD, les bonbons à la pomme Hazy CBD et ceux au cassis CBDVap.

Vapoter du CBD, c’est possible

Les vapoteurs peuvent choisir des liquides pour cigarette électronique à base de CBD. Attention, certains sont concentrés et doivent être dilués dans un e-liquide classique alors que d’autres s’utilisent tels quels. La quantité totale absorbée va dépendre du nombre de bouffées prises dans la journée : difficile d’évaluer la dose réelle consommée.

Daniel Géraud, responsable enquêtes, UFC-Que Choisir de la Sarthe

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